Au début il s’agissait d’un paradoxe français. Pourquoi les Français ont-ils moins de maladies cardio-vasculaires que les habitants des autres pays développés ? Pourquoi l’occurence de l’infarctus reste-t-elle si modérée dans ce pays où la modération se porte si mal ?
Voyons, voyons.
Faible consommation de cigarettes ? Hum, voilà une explication qui ne fait pas un tabac.
Habitudes alimentaires crétoises ? Difficile à croire. Surtout si on revient de Crète d’ailleurs.
Vin et santé
Mais non, le vin vous dis-je. Le vin est à la France ce que le poumon est à Molière. Le vin ? Le vin puisque les Français en sont les premiers consommateurs au monde. Or il est bien médicalement établi qu’une consommation régulière de vin (si elle reste modérée) protège des maladies cardio-vasculaires.
Bacchus as-tu du cœur ? Ça se pourrait bien en effet. Mais cela n’est rien encore.
Comme le musicien Jean-Philippe Rameau – un musicien bien français – le fait chanter dans son opéra Platée :
« Charmant Bacchus,
Dieu de la liberté,
Père de la sincérité
(…)
Tu nous permets de rire
Mon cœur plein de la vérité
Va se soulager à le dire. »
Si le vin est bon pour le cœur, il l’est d’abord pour le cœur qui s’émeut. « Ce qui est beau, c’est ce qui émeut », dit Baudelaire. Le vin n’est pas seulement bon – ce que tout le monde peut constater par l’immédiateté de l’effet – il est aussi beau.
Tout est affaire d’humeur dans le tissu parfois terne de la vie et du temps. Le vin est la nuance chatoyante de l’humeur, ce qui repeint la matière grise aux couleurs de la joie. Le fond ancestral du bien vivre dans ce pays où, comme l’écrit La Fontaine : « C’est le fonds qui manque le moins ». Ça coule de source comme toujours avec La Fontaine ; mais espérons que cette fontaine ne soit pas d’eau.
Ce n’est pas par hasard qu’au pays du bien vivre et du bonheur – « Heureux comme Dieu en France », disent les Anglais – le vin ait toujours été vu comme le détail du savoir-vivre où se reflète la culture nationale.
Le Vin est donc de France comme le lapin est de garenne.
